Aimé et Madeleine (4)

Publié le par Noellia Lawren

Aimé et Madeleine (4)

Les discussions s'animent. Les hommes encensent Clémenceau, le "Père la Victoire" descendu dans les tranchées apporter du courage aux poilus.

Léon s'échauffe :

" Ah ! ce n'est pas Poincaré qui descendrait dans les tranchées, tous des planqués pendant que nos gones* se font tuer ."

Germaine intervient avec douceur , essaie de le calmer, mais Léon a eu un "lever de coude répétitif" pendant tout le repas.

Elle est bonne la gnôle de mémé Louise !

Ses effets sont divers d'une personne à l'autre et pour Léon ...

Les femmes avaient exprimé le souhait d'oublier la guerre pendant ce jour.

Le cœur de ces braves paysans est habité par ce cataclysme. Malgré tout, le temps d'une journée, ils ont déroulé cette petite pelote magique et invisible , appelée bonheur.

 

Aimé et Madeleine se découvrent . Timides, maladroits, regards complices mais pudiques, ils n'osent se dévisager. Discrètement leurs mains se frôlent . Madeleine s'empourpre, découvre avec émoi la joie  d'aimer.

" Vous repartez bientôt pour le front ?" s'enquiert Madeleine.

Aimé répond oui d'un signe de tête, sans la regarder. Sa gorge se noue, ses poings serrés si fort à en blanchir les articulations de ses mains. L'angoisse le gagne.

Quitter Madeleine, retrouver les tranchées, la crasse, les poux, la gale, la vermine, la boue, les rats...

Madeleine l'observe. Perdu dans ses pensées, il est si loin d'elle, si grave. Soudain, il sursaute aux cris des enfants, renverse sa chaise. Il s'excuse auprès de sa mère et de sa belle, sourit pour les rassurer. Mais elles  ne sont pas dupes.

                                                                                                  Noellia Lawren

Tous droits réservés

La suite la semaine prochaine

* gone : gamin lyonnais

 

Publié dans Aimé et Madeleine

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Noellia Lawren 07/06/2017 19:19

merci infiniment Aubry , c'est prévu, bien à vous

Aubry 06/06/2017 20:47

Une belle authenticité et une belle poésie dans ce récit avec une toile de fond historique solide. Il y a là matière à un roman.